
L’autre jour, je relisais l’un de mes posts.
Mais quelque chose clochait.
Propre, plutôt bien tourné, sans fautes.
Rien à dire…
Sauf que ça ne sonnait pas moi…
Et cette sensation, je ne suis pas le seul à l’avoir vécu je pense.
Que ce soit avec mes écrits, ou en lisant les articles des autres.
À vrai dire, si l’on regarde de plus près, internet se remplit de textes comme ça.
Lisses, corrects, interchangeables, sans âme, sans vie.
On le sait.
Mais quelle en est la raison ?
Le coupable est là.
Tout désigné.
Cette IA générative qui inonde l’espace de contenus de qualité variable.
Et ça a un impact certain.
Saviez-vous par exemple que fin 2025, selon Reuters, seulement 38 % des gens faisaient encore confiance dans ce qu’ils lisaient ?
Je trouve ça énorme, et la cause profonde est tout aussi mauvaise.
On ne délègue pas sa pensée, on ne délègue pas sa voix.
Avec le fameux : « fais-moi un post sur X » en entrée, le résultat est et sera plat.
Sans vie, générique.
Et c’est ça que les gens sentent.
Pourtant comme je le disais, ce n’est pas qu’une histoire de style.
Écrire, ce n’est pas juste produire des mots, comme peut le faire un LLM de manière statistique.
Nope.
Écrire c’est penser.
On croit savoir ce qu’on pense avant d’écrire, mais c’est faux.
C’est l’exact inverse : on découvre ce que l’on pense en l’écrivant.
La preuve en est, tous ces exercices de journaling ou d’écriture thérapie, qui aident à savoir de quels maux et mots on souffre.
Ça passe par l’écriture.
Pour en revenir au thème de cet article, on voit poindre le problème précisément ici.
Déléguer l’écriture, ce n’est pas déléguer une corvée.
Déléguer l’écriture, c’est déléguer un bout de ta pensée.
Donc de ta voix au sens large !
Alors qu’est-ce que l’on va chercher à faire ?
Habituellement, à ce stade, ce qui est fait, c’est qu’on va chercher à améliorer la qualité du prompt.
Ça peut être fait de différentes manières.
Par exemple, en améliorant le contexte du prompt, ou en cherchant des prompts qui soient déjà tout faits et que l’on nous vend comme quelque chose de fiable.
Ou encore même acheter des guides pour imposer sa voix et son style dans un texte.
Vraiment tout peut être fait.
Mais si à première vue cela peut être intéressant, on s’aperçoit que dans tous les cas, quoi qu’il en soit, le texte sera sans vie.
Mais voilà ce que personne ne te dit : c’est que ce qui sonne faux, ce qui sonne trop parfait, ce qui sonne trop lisse, ce n’est pas le vocabulaire.
Mais c’est surtout et essentiellement qu’il n’y a personne derrière les mots, il n’y a pas de vécu. C’est ce que je disais. Il n’y a pas d’humanité au sens large, il n’y a pas d’humain.
Oui, l’IA, tu enlèves la page blanche et tant mieux. Mais partir d’une base, ce n’est pas déléguer la pensée. La base, c’est le début de quelque chose. C’est une amorce et ça ne doit surtout pas être le produit fini. Et c’est là où, pour moi, la plupart des gens se trompent.
Le jour où tu confonds les deux, c’est là où ta voix s’efface.
Parce que le problème, finalement, n’a jamais été dans la machine. Il est plutôt dans qui la tient.
J’aime à le répéter assez souvent : ce n’est pas l’IA qui te remplacera. Mais attention, ce sera quelqu’un qui utilise l’IA, lui, qui te remplacera.
Ce que ça veut dire, c’est que si tu retournes la phrase, tu tiens la vraie cause. Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui efface ta voix. C’est surtout toi. Et toi uniquement, quand tu la laisses penser à ta place.
Et donc on en revient en fait à ce que je disais un petit peu plus tôt : il faut déjà que tu écrives par toi-même. Il faut déjà que tu aies des idées. Il faut déjà que tu vives et il faut déjà que tu puisses les exprimer.
Et c’est une fois que tu as fait tout ça que tu seras en capacité de donner la bonne direction, de donner de bons exemples et même de ne pas partir de zéro quand tu utiliseras l’IA.
Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Ça donne quoi ?
Ça veut dire que tu dois déléguer tes doigts, mais surtout pas ta voix.
Ça veut dire que tu dois donner à l’intelligence artificielle ta matière. Ça peut être un vocal de 2 minutes. Ça peut être ton vécu. Ça peut être tout et n’importe quoi.
Et l’intelligence artificielle doit exécuter pendant que toi, tu dois penser.
Encore une fois : ne délègue pas ta pensée, ne délègue pas ta voix.
Et pour ça, finalement, on en revient à ce que je voulais mettre en évidence un petit peu plus haut. C’est que finalement tu n’as pas besoin d’un prompt magique.
Tu as plutôt besoin d’enregistrer quelques minutes avec l’essence de ce que tu veux dire, puis de raffiner en boucle.
Et c’est là où la magie va opérer. Comme je disais encore une fois un peu plus tôt, c’est que l’écart entre un prompt vide et un prompt nourri de ton expérience sera flagrant.
L’un sortira du tiède, tandis que l’autre sortira quelque chose d’incarné.
Une fois que tu as ça, c’est beaucoup plus simple pour ensuite apporter les petites corrections, si on le veut. Ou alors, si on ne veut pas, on peut donner comme instruction à l’IA de conserver ce qui a été dit avec tes mots. Et là, personne ne verra que c’est juste un outil qui t’a permis d’écrire plus vite.
